5 septembre 2010
Personalités

Février est le Mois du patrimoine et de l’histoire des Noirs. C’est un mois très important pour les gens d’origine africaine parce que c’est en gros le seul moment où l’on reconnaît d’une façon ou d’une autre la contribution des gens d’origine africaine à la société canadienne.

Plusieurs événements du Mois de l’histoire des Noirs dans les écoles soulignent la contribution de Martin Luther King Jr., de Rosa Parks et du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis. Ce qui n’est pas reconnu est que les gens d’origine africaine ont participé à l’histoire du Canada depuis 1605.

Matthieu DaCosta est la première personne d’origine africaine dont on trouve la trace au Canada. Il a débarqué avec Pierre de Gua qui a fondé Port Royal en 1605. DaCosta faisait office d’interprète pour les Français et les Micmacs, ce qui laisse supposer qu’il était déjà venu au Canada lors d’un précédent voyage. Depuis ce moment, la présence africaine au Canada a été continue.

Une des premières femmes d’ascendance africaine dont il est question dans l’histoire du Canada avait pour nom Marie Joseph Angélique. Elle était une esclave et, en 1734, elle allait découvrir qu’on s’apprêtait à la vendre. Dans sa tentative d’évasion, elle a mis le feu à la résidence de son propriétaire. L’incendie s’est répandu et de nombreuses maisons ont été détruites dans le brasier. Angélique allait être pourchassée, capturée, torturée et « pendue par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive ».

Il y avait également des Africains parmi les Loyalistes de l’Empire Uni venus au Canada après la guerre d’indépendance américaine. On leur avait promis les mêmes droits qu’aux Loyalistes blancs mais ces promesses n’ont jamais été tenues. Richard Pierpoint est un Loyaliste venu au Canada en 1780. Il a joué un rôle déterminant dans la formation des corps de gens de couleur qui ont défendu le Canada pendant la guerre de 1812.

Nombreux sont les hommes et les femmes d’origine africaine qui ont contribué à faire du Canada le pays qu’il est aujourd’hui, mais leur participation est passée sous silence. William Hall fut le premier marin canadien à gagner la Croix de Victoria pour sa bravoure le 16 novembre 1857. Mary Ann Shadd fut la première femme nord-américaine à publier un journal, le Provincial Freeman, en 1853. Rose Fortune a été la première femme agent de police au Canada.

Aucune histoire du Canada ne peut se prétendre complète sans la reconnaissance de la contribution des gens d’origine africaine. Malgré l’esclavage, l’oppression, la discrimination raciale et les déplacements forcés de population (par exemple, Africville en Nouvelle-Écosse), les Canadiennes et Canadiens d’origine africaine n’ont jamais cessé d’avancer.

Tandis que nous attendons avec impatience le jour où un Mois du patrimoine et de l’histoire des Noirs ne sera plus nécessaire, il est important pour l’instant de souligner l’événement.

Rosemary Sadlier, présidente de la Société de l’histoire des Noirs de l’Ontario déclare, dans son article Pourquoi un Mois de l’histoire des Noirs?

« Lorsque la contribution des gens d’origine africaine sera estimée à sa juste valeur, que les réalisations des Noirs seront appréciées, que les Noirs seront membres à part entière de cette société ou qu’ils pourront s’affirmer par le biais de nos programmes, de nos livres et de nos médias et qu’ils seront traités équitablement, alors le Mois de l’histoire des Noirs n’existera plus. »

Il est important aussi de signaler que l’histoire des peuples africains ne commence pas avec l’esclavage. Une histoire fertile porte sur d’anciennes civilisations et d’anciens royau-mes africains. Kanem-Borno, Kush, Mali pour n’en nommer que quelques-uns. Des rois et des reines africaines comme la reine Nzingha, Nana Yaa Asantewa, Sundiata et Mansa Musa font partie de l’histoire des peuples africains.

L’enseignement de l’histoire des Africains et des Noirs est essentiel. Il permet de mieux combattre la discrimination raciale et les préjugés auxquels sont confrontés les Africaines et les Africains dans leur vie de tous les jours. C’est tout particulièrement important parce que tant de jeunes gens d’origine africaine sont désillusionnés et démotivés. L’enseignement qu’on leur impose ne fait pas de place à la diversité. L’histoire des peuples africains a été dévaluée à tel point que certaines personnes d’origine africaine sont réticents à reconnaître leur propre ascendance africaine.

Les hommes et les femmes d’origine africaine ont participé à l’édification du Canada d’aujourd’hui. Ils font parti de l’histoire du Canada depuis 1605 et pourtant, on ne reconnaît leur rôle qu’avec réticence et seulement un mois par an. Les personnes d’origine africaine sont sans cesse confrontées au sentiment qu’on ne les considère pas comme citoyennes et citoyens à part entière, peu importe le nombre des générations qui se sont succédées depuis que leurs ancêtres ont mis le pied au Canada. Le racisme est une réalité quotidienne au travail, à l’école, partout. La désinformation et le manque d’information contribuent à l’ignorance qui conduit au racisme. L’histoire africaine et les contributions des personnes d’ascendance africaine doivent faire partie de l’histoire du Canada.

Murphy Browne

Murphy Browne
Murphy Browne

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